Deux grenoblois dans le sud

Deux grenoblois dans le sud

Prix Pulitzer, Saïgon 1963 : Brûlé vif pour des idées...

 

Vous avez peut-être lu mon article   « Prix Pulitzer : Les 13 photos qui ont fait le tour du monde » Il en est une, celle d'un moine qui s'immole par le feu à Saïgon en 1963.

 

 

Suite à la parution de cet article, j'ai reçu un email  d'une jeune femme khmer, nommée Sarom OM, qui, de message en messages, m'a raconté la véritable histoire de ce courageux moine et je vous invite à lire le texte poignant qu'elle m'a transmis, retranscrit dans son intégralité :

 

« Ce moine qui s'est brûlé vivant a Saigon en 1963 est directement relié a l'histoire Khmer (Cambodge). Je suis triste de voir que personne ne l'a compris. Il s'est sacrifier pour qui et pourquoi ? Les enfants Khmer de la nouvelle génération ne connaissent pas son histoire et croient qu'il était vietnamien...

Lorsque la France a colonisé l'Indochine, le Vietnam était en train d'envahir le Kampuchea Krom (Cambodge du sud), les forces Khmer essayant de les repousser. En 1954 sous le protectorat, la France a donné le Kampuchea Krom au Vietnam, donnant également le feu vert aux massacres des Khmers. En 1954 les autorités vietnamiennes ordonnent un rassemblement de tous les Khmers pour leur parler des nouvelles lois et règles en vigueur, et enferment des milliers de Khmers pour les brûler vivants, dans les villes et villages. Ces mêmes autorités ferment les écoles Khmers, brûlent les pagodes et détruisent le patrimoine historique Khmer. Elles changent les noms et l'identité de la population Khmer qui reste, population dépouillée et chassée de chez elle. Les Vietnamiens adoptent une politique d'élimination totale : brûler tous les livres, détruire les vestiges, changer l'histoire. Ceux qui ont vécu à cette époque ont vu des cadavres flotter dans les rivières, remplir les puits et les rizières. En ce temps là,  il y avait a peu près 5 000 000  d'habitants Khmer, aujourd'hui combien en reste-il sur ce territoire?

 

Ce moine qui s'est brulé vivant en silence était Khmer. La douleur au fond de son coeur était plus forte que sa douleur physique. Presque la totalité du peuple khmer est mort en silence. Ce moine voulait dénoncer le massacre. Au lieu d'être pourchassé et de mourir en silence, il choisi une mort visible. Lui et ses discipes se sont sacrifiés devant l'ambassade pour demander de l'aide. Devant l'injustice, l'humiliation, la torture et sous un nom et une nationalité qui n'étaient pas les siens, son coeur n'a pas lâché prise.... Il continue de battre dans le coeur chaque khmer qui a survécu et dans les coeurs de nos enfants et nos petits-enfants. Que l'on comprenne ou non, que l'on connaisse notre histoire et nos origines ou non, il y aura toujours une douleur au fond de notre coeur à travers les générations. Chaque fois que le peuple khmer vie une injustice, se fait maltraiter ou tuer, notre coeur souffre. Le coeur de ce moine est le symbole de tous les coeurs Kmers qui refusent de se laisser abattre...

 

De nos jours, les moines Khmer continuent leur bataille pour dénoncer les injustices qu'ils ont subies et subissent encore. De nos jours, il y a encore des moines et des gens khmers qui se font emprisonner ou tuer sur la terre de leurs ancêtres, pour rien. Le Kampuchea Kom ou le delta du Mékong est le berceau du peuple Khmer qui vit la depuis plus de 20 000 ans. Aujourd'hui il n'en reste aucun vestige visible.

 

Mon arriere grand-père, Sok Om a fuit Kampuchea Krom, il raconte a ses enfants et ses petits enfants comment les Khmers se sont fait massacrer. Il nous demande de ne pas oublier ces moines et tous les héros khmers qui sont morts et continuent à mourir pour que les enfants Khmers puissent vivre un jour dans la paix ».

 

Sarom Om 

 

 

Il n'y a rien qui ressemble plus à un génocide, qu'un autre génocide... A méditer...

 



09/03/2011
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